Lundi 30 août 2010
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Au cœur du jardin, une vigne vierge, ayant prit possession d’un vieux tronc, s’épanouit au fil des saisons. A son pied renaît une ancienne variété de rosier. Grimpant, il prend ses aises, protégé
des rayons ardents par la douceur ombragée des feuilles étoilées. Les roses nées de cette union ont la générosité de leur parfum, subtilement distillé par quelques chauds rayons rapidement
dispersés. Leurs pétales doubles les apparentent à la pivoine, gracieuse solitaire des jardins.
Si tout ce petit monde pouvait parler, il vous raconterait ce que la plupart prendrait pour un conte de fées. Mais moi qui vient ici jardiner, je sais qu’il ne s’agit la que d’une merveilleuse
réalité. Laisser moi vous conter la surprenante histoire du charme et de l’hêtre.
Il est des collines où les arbres aiment à se percher. J’ai eu la chance d’y bâtir mon jardinet. Héritage familial, ce terrain, par mon grand père m’était destiné. J’y ai construit un cabanon
coquet, une antre, un refuge pour moi qui écrivait à l’encre de la terre, un tronc pour plumier.
Durant les premières années ici, j’ai apprit de la végétation à la respecter pour voir mes plantations humblement prospérer. Tenir compte de tout ce qui m’entourait et « faire
avec », ne pas lutter, ne pas contrarier. C’est ainsi que j’ai vu deux arbrisseaux pointer leurs tiges et offrir à mon regard étonné leurs premiers bourgeons. Ils poussaient entrelacés.
Phénomène on ne peut plus rare s’il en est. Deux essences intimement mêlées dès le berceau de leur existence, cela attisait ma curiosité. Bien sur n’importe quel expert vous aurait dit qu’ainsi
on ne pouvait les laisser. Mais la seule experte acceptée en mon potager, c’était Dame Nature qui agissait là en toute liberté. Au fil des saisons, mes protégés prenaient leurs aises, à
l’unisson, sans jamais s’entraver. Mes plantations s’y abritaient de la vivacité qu’ont parfois les éléments déchainés. Le soleil les réchauffait de leur somnolence hivernale, abreuvés de pluies
printanières, ils prospéraient. L’Eté faisait d’eux les maîtres de l’ombre, protecteurs de subtiles beautés. L’automne arrivait et leur flamboyance m’enivrait. Je vivais comme tout
jardinier au gré des vents et des lunaisons, des pluies, du soleil et de ses apparitions. A la différence d’eux je maniais aussi bien la fourche bêche que le crayon. Chaque moment de repos
peignait de mes mots mon jardinet -joyaux, mon jardin-repos, méditation-source de perpétuelle création, inspiratrice imagination.
Cet hiver là fut rude et j’eu peur pour mes « arbre-compagnons». Tous les après midi, je montais au cabanon avec mon sac de marrons, mono carnet et mes crayons. Le bois sec protégé des
intempéries par l’appentis, m’offrait sur la terre une flambée champêtre où les grosses châtaignes pouvaient griller. « Quatre heures » de gourmet, goûter inspiré. Je veillais ainsi
réchauffée sur mes amis.
Un après midi de janvier, un soleil blanc vint illuminer leurs branches gelées, j’en fus éblouie. De retour à la maison, devant le feu dans l’âtre crépitant, je me suis endormie, après d’un thé
fumant m’être réchauffée. La vérité sur mes arbres enlacés me fut enfin révélée.
Leur structure sombre sous mes yeux s’est très vite transformée. A la place des branches, des membres enlacés, deux corps entremêlés ; Les feuilles, des cheveux ondulés. Tout
s’éclairait ! Essences intimement mêlées lorsque l’Amour les a unies à tout jamais. Mon jardinet est né sur la Colline aux Enlacées. Il est des histoires qui semblent folles ainsi racontées.
Mais, je vous le promet, celle-ci n’est que vérité.
Il y a quelques années, une centaine à dire vrai, se sont découvertes ici deux jeunes amies. Jeunes n’était pas pour les deux le terme approprié. L’ainée d’entre elle venait ici se réfugier pour
échapper à la difficulté de vivre. L’autre par la beauté d’un rosier sauvage y fut attirée. Quelques années les séparaient, un bouquet… d’une quinzaine d’orchidées. Cette fleur étrange dont
certaines particularités au mystère féminin font penser. Il est des unions qu’il ne faut point condamner.
Le printemps fut nourrit de leurs mots comme des chants d’oiseaux. L’Eté prospère et chaleureux leur offrit le prétexte d’ôter leurs habits. Cette effeuillée découverte prit les teintes
enflammées des cœurs amoureux. A l’Automne, tous les tabous étaient tombés. E le vent soufflait sur leurs corps, caresses tendresse et coquins baisers, balades de doigts entre les lèvres
affamées. L’Amour nait, danse des corps entrelacés, yeux dans les yeux, seins gonflés de désirs, ventres ronds de plaisirs, monts de vénus caressant chaudement la main offerte, jambes nouées. Les
âmes se disent, leurs corps s’offrent, les cœurs s’épanchent sous les étoiles. L’Amour inonde cette terre d’espérance. Leurs corps dansent, puis vient de l’extase la transe, l’énergie
sublime créatrice de vie.
Sur la colline des enlacées, mon jardin a prit racine. De leur amour des fleurs sont nées, des graines ont germées et l’Energie Créatrice ainsi a rendu grâce à mes amies.
Il est tard, certainement le milieu de la nuit, je gagne ma chambre et je sais, du fond de mon lit qu’une nouvelle page s’écrit ici, mes arbres-amies. A l’encre de leurs sèves, je découvrirais
leurs vies, la mienne certainement aussi. Avant que mes paupières ne soient closes, je pense à Dame Nature, à la beauté des roses. Que demain éclose.